L’ashwagandha est de plus en plus présentée comme un complément « pour les femmes », avec des promesses portant sur la libido, les hormones, la fertilité ou la ménopause. Ces sujets ne sont pourtant pas interchangeables. Quelques essais cliniques ont évalué un extrait précis pendant huit semaines chez des femmes sélectionnées, mais ils ne permettent ni de généraliser à toutes les femmes ni de transformer la plante en traitement hormonal.

Ce guide compare les données humaines disponibles, leurs populations et leurs limites. Il explique aussi les situations où la prudence doit l’emporter : grossesse, allaitement, maladie thyroïdienne ou auto-immune, traitement régulier et symptômes gynécologiques nécessitant un diagnostic. L’objectif est d’aider les femmes au Maroc à distinguer une piste de recherche d’une promesse commerciale.

Réponse courte : des signaux intéressants, mais une preuve encore limitée

Des essais randomisés ont rapporté une amélioration de questionnaires de fonction sexuelle ou de symptômes climatériques avec certains extraits d’ashwagandha. Ils étaient toutefois courts, comptaient entre 50 et 100 participantes et utilisaient des critères déclarés par les participantes. Une différence statistique dans un essai ne garantit pas un bénéfice important pour chaque femme.

Le NCCIH juge qu’il n’existe pas assez de données fiables pour déterminer si l’ashwagandha aide la ménopause ou l’infertilité féminine. Il recommande aussi de l’éviter pendant la grossesse et de ne pas l’utiliser durant l’allaitement. Cette position d’ensemble doit encadrer l’interprétation des petites études positives.

Libido : ce que montrent les essais de 2015 et 2022

En 2015, une étude pilote a réparti 50 femmes entre un extrait de racine et un placebo pendant huit semaines. Les participantes prenant l’extrait ont rapporté une amélioration supérieure du score total FSFI et de plusieurs domaines, notamment l’excitation, la lubrification, l’orgasme et la satisfaction. L’étude portait sur des femmes considérées en bonne santé et ne testait pas un traitement d’une cause médicale précise.

En 2022, un autre essai a inclus 80 femmes de 18 à 50 ans ayant un faible score de fonction sexuelle ou une détresse sexuelle, sans trouble hormonal connu. Après huit semaines, le score FSFI s’est amélioré dans les deux groupes, avec une amélioration plus importante sous extrait. Les nausées et la somnolence rapportées étaient comparables au placebo. Ces résultats concernent un extrait standardisé et un groupe sélectionné ; ils ne prouvent pas qu’un produit quelconque traite toutes les baisses de désir.

La libido féminine ne se résume pas à une plante ou à une hormone

Le désir et le confort sexuel peuvent être influencés par le stress, le sommeil, la relation, la douleur, la sécheresse, la contraception, la période post-partum, certains médicaments, la dépression, l’anxiété ou une maladie. Un questionnaire de recherche mesure une évolution globale ; il n’identifie pas automatiquement la cause chez une personne.

Une douleur pendant les rapports, des saignements, une sécheresse persistante, une baisse brutale du désir ou une souffrance importante justifient d’en parler à un médecin ou une sage-femme. Présenter l’ashwagandha comme un « booster féminin » risque de retarder l’évaluation d’un problème traitable par une approche plus adaptée.

Périménopause et ménopause : deux essais positifs, encore trop courts

L’essai publié en 2021 a inclus 100 femmes présentant des symptômes légers à modérés de périménopause ; 91 ont terminé les huit semaines. Le groupe recevant l’extrait a présenté une amélioration supérieure des scores MRS et MENQoL ainsi que des variations de l’estradiol, de la FSH et de la LH par rapport au placebo. Il n’y avait pas de différence significative pour la testostérone.

Une étude publiée le 5 janvier 2026 a réparti 60 femmes ménopausées de 45 à 55 ans entre un extrait et un placebo pendant 56 jours. Elle a rapporté des améliorations des symptômes, des bouffées de chaleur et de plusieurs marqueurs hormonaux. L’extrait étudié avait été fourni par son fabricant, même si les auteurs ont déclaré ne pas avoir reçu de financement et ne pas avoir de conflit commercial. L’effectif, la durée et l’exclusion de nombreuses comorbidités limitent la généralisation.

« Équilibre hormonal » : une formule marketing trop vague

Les variations d’estradiol, de FSH ou de LH observées dans un essai ne démontrent pas que l’ashwagandha « équilibre les hormones » chez toutes les femmes. Ces hormones changent naturellement selon l’âge, le cycle et la transition ménopausique. Leur interprétation dépend du contexte clinique et ne se résume pas à rechercher une valeur plus haute ou plus basse.

Des règles irrégulières, des saignements inhabituels, des bouffées de chaleur intenses ou des symptômes persistants peuvent nécessiter un bilan. L’ashwagandha ne remplace ni l’évaluation des causes, ni les options non hormonales, ni un traitement hormonal de la ménopause lorsqu’il est indiqué après discussion des bénéfices et risques.

Fertilité, SOPK et cycle : ne pas extrapoler les études

Les essais sur la libido ou la ménopause n’ont pas démontré une amélioration de l’ovulation, du syndrome des ovaires polykystiques, du taux de grossesse ou des naissances vivantes. Le NCCIH conclut que les preuves sont insuffisantes concernant l’infertilité féminine. Une variation d’un marqueur hormonal n’est pas un résultat de fertilité.

En cas de désir de grossesse, de cycles très irréguliers ou d’infertilité, le bilan peut concerner les deux partenaires et dépend de l’âge et de la durée des essais. Retarder ce bilan pour tester plusieurs compléments peut faire perdre du temps. Mentionnez au professionnel tous les produits pris, même ceux achetés sans ordonnance.

Grossesse et allaitement : l’ashwagandha doit être évitée

Les essais positifs cités n’ont pas inclus de femmes enceintes ou allaitantes. Le NCCIH recommande d’éviter l’ashwagandha pendant la grossesse et de ne pas l’utiliser pendant l’allaitement. L’absence d’essais fiables ne signifie pas que le produit est sûr ; elle empêche justement de connaître les effets sur la grossesse, le fœtus ou le nourrisson.

Si une grossesse débute pendant la prise, arrêtez le complément et signalez au médecin ou à la sage-femme le produit exact, la dose indiquée sur l’étiquette et les dates d’utilisation. Cette recommandation ne signifie pas qu’un dommage s’est nécessairement produit ; elle permet une évaluation individualisée sans minimiser l’exposition.

Thyroïde, maladies auto-immunes et médicaments : vérifier avant l’achat

Le NCCIH déconseille l’ashwagandha aux personnes ayant une maladie thyroïdienne ou auto-immune et signale des interactions possibles avec les hormones thyroïdiennes, les immunosuppresseurs, les sédatifs, les anticonvulsivants ainsi que certains traitements du diabète ou de la tension. Une femme traitée ne devrait pas ajouter le complément sans validation du médecin ou du pharmacien.

Au Maroc, apportez une photo nette de l’étiquette lors du conseil : partie de plante, quantité par prise, standardisation, autres actifs et liste complète des ingrédients. Les doses des essais ne sont pas une posologie personnelle et deux extraits portant le même nom ne sont pas nécessairement équivalents. Évitez toute publicité promettant de traiter l’infertilité, de remplacer un suivi gynécologique ou de « réparer » les hormones.

Ce contenu est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas de symptômes persistants, de grossesse, d’allaitement, de traitement ou de maladie chronique, demandez un avis médical avant toute supplémentation.

Questions fréquentes

L’ashwagandha augmente-t-elle la libido chez la femme ?

Deux petits essais de huit semaines ont observé une amélioration supérieure de scores de fonction sexuelle avec un extrait précis. Ils ne suffisent pas à garantir un effet individuel ni à traiter toutes les causes d’une baisse de désir.

L’ashwagandha aide-t-elle pendant la ménopause ?

Deux essais courts ont rapporté des améliorations de symptômes chez des femmes sélectionnées. Le NCCIH considère néanmoins les preuves globales insuffisantes, et ces résultats ne remplacent pas l’évaluation des symptômes ni les traitements validés.

Peut-on prendre de l’ashwagandha enceinte ?

Non. Le NCCIH recommande de l’éviter pendant la grossesse. Si vous en avez pris avant de découvrir la grossesse, arrêtez et signalez l’exposition au médecin ou à la sage-femme.

L’ashwagandha améliore-t-elle la fertilité féminine ou le SOPK ?

Les données disponibles ne démontrent pas une amélioration de l’ovulation, du SOPK, des grossesses ou des naissances vivantes. Le NCCIH juge les preuves insuffisantes pour l’infertilité féminine.

Peut-on prendre de l’ashwagandha pendant l’allaitement ?

Le NCCIH indique qu’elle ne doit pas être utilisée pendant l’allaitement, faute de données fiables sur la sécurité pour la mère et le nourrisson.

Contenu pédagogique : il ne constitue ni un diagnostic ni une prescription et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.

Sources